La réponse diffère selon le contexte de la perte du permis de conduire. Si le salarié commet une infraction durant l’exécution du contrat de travail, de nature à lui…
La réponse diffère selon le contexte de la perte du permis de conduire.
- Si le salarié commet une infraction durant l’exécution du contrat de travail, de nature à lui entraîner une suspension/annulation du permis de conduire :
Ex : Le salarié est arrêté en état d’ébriété/sous l’emprise de stupéfiants au volant d’un véhicule de l’entreprise, durant l’exécution du contrat de travail. Cette infraction entraîne la suspension de son permis de conduire.
Dans cette situation, le salarié a commis une faute, contraire à ses obligations contractuelles mais également à son obligation de sécurité. Le cas échéant, le salarié est contrevenu aux stipulations du contrat de travail ou du règlement intérieur.
Il s’agit là d’un comportement fautif de la part du salarié, qui peut entraîner son licenciement pour faute.
- Si le salarié voit son permis de conduire suspendu/annulé à l’occasion d’infractions commises dans le cadre de la vie personnelle :
En principe, un fait commis dans le cadre de la vie personnelle ne peut donner lieu à sanction.
Ainsi, la jurisprudence de la Cour de cassation est constante en ce que : « un motif tiré de la vie personnelle du salarié ne peut, en principe, justifier un licenciement disciplinaire, sauf s’il constitue un manquement de l’intéressé à une obligation découlant de son contrat de travail ».
Il en ressort le principe selon lequel : « Le fait pour un salarié qui utilise un véhicule dans l’exercice de ses fonctions de commettre, dans le cadre de sa vie personnelle, une infraction entraînant la suspension ou le retrait de son permis de conduire ne saurait être regardé comme une méconnaissance par l’intéressé de ses obligations découlant de son contrat de travail ».
Par conséquent, aucune sanction ni licenciement pour motif disciplinaire ne peut être notifié à l’égard du salarié dans ce contexte.
Se pose toutefois la question du sort du contrat de travail du salarié ayant vu son permis de conduire frappé d’une mesure de suspension/annulation, alors qu’il est tenu de disposer de ce permis de conduire pour travailler.
La Cour de cassation a apporté un tempérament à sa jurisprudence, dans cette situation.
Ainsi, lorsque le salarié est tenu de posséder un permis de conduire pour travailler, la suspension/annulation de son permis de conduire l’empêche d’exécuter de façon normale ses fonctions, telles que convenues à son contrat de travail.
Il s’agit là d’un trouble objectif, autorisant l’employeur à licencier le salarié, pour motif personnel non disciplinaire.
Attention toutefois, la convention collective des entreprises du Paysage a prévu une obligation de concertation préalable à l’engagement d’une procédure disciplinaire.
L’article 17 de la convention précise :
« 1 – La suspension ou l’invalidation du permis de conduire n’entraînent pas la rupture automatique du contrat de travail du salarié occupant un emploi impliquant la conduite de véhicules, à condition que le salarié concerné ait immédiatement informé son employeur de la mesure dont il a fait l’objet, à savoir le premier jour de travail suivant celui où la mesure lui a été notifiée.
2 – Une concertation doit s’engager entre l’employeur et le salarié afin qu’ils examinent ensemble la situation, pour notamment éviter un licenciement, le cas échéant en envisageant un reclassement.
3 – Les dispositions du présent article ne sont pas exclusives de l’exercice de son pouvoir disciplinaire par l’employeur et de l’application des dispositions relatives au droit du licenciement, notamment dans l’hypothèse d’infractions commises pendant le temps de travail et/ou avec les véhicules de l’entreprise ».
Ainsi, vous ne pouvez pas, du seul fait de la perte du permis de conduire, licencier un salarié ayant besoin de son permis de conduire pour travailler.
La convention collective exige, au préalable, l’engagement d’une concertation entre le salarié et l’employeur, afin de trouver une solution.
Il peut s’agir :
- d’un reclassement temporaire du salarié sur un autre poste, s’il existe ;
- de la prise de ses congés/repos ;
- de la suspension du contrat de travail sans rémunération, le temps de disposer à nouveau de son permis de conduire.
Nous vous conseillons fortement de tracer la procédure de concertation et d’établir, à l’issue, une synthèse signée par le salarié.
Surtout, si une alternative au licenciement est trouvée, il convient de bien disposer d’un écrit signé du salarié, actant son accord quant à la solution temporaire trouvée.
En particulier, en cas de reclassement temporaire sur un autre poste impliquant une modification du contrat de travail, il conviendra de régulariser un avenant au contrat de travail.
A défaut de concertation, et si la perte du permis de conduire du salarié l’empêche d’exécuter son contrat de travail, un licenciement personnel non disciplinaire peut lui être notifié.